Seconde vitesse

8 octobre 2009

“Féminisme mal placé” ?

Classé dans : Du papier et une couverture, Juste à côté de nous — Stephanie @ 23:15

Cours d’expression (cours où on nous apprend orthographe et style pour rédiger). Je demande à mon professeur s’il est accepté qu’on féminise les mots, “auteur” par exemple devenant “auteure”. Il m’a dit “Oui, bien sûr, ça peut se faire… mais j’avoue que pour moi c’est du féminisme mal placé”.

J’ai pas trop cherché à débattre, car sur une classe de 29 nous sommes 26 filles et personne ne m’a suivie. Mais concrètement… d’où une petite lettre peut être du féminisme mal placé !? Je comprends l’amoureux des mots qui parle. Mais quand même, est-ce normal que dans une biographie d’une femme qui écrit, le mot ne soit même pas féminin ?

Petite détresse personnelle. Pour moi, oui, auteurE. Non mais. Et dans mon mémoire je mettrais même écrivaine, si besoin !

23 juillet 2009

Montmartre, la tour Eiffel, le tour de France : la vraie vie !

Classé dans : Centré sur moi, Juste à côté de nous — Stephanie @ 09:05

En ce moment, je m’amuse pas mal du traitement de l’information par les journalistes et du ressenti par les gens. Ces mêmes personnes qui avaient été révoltées qu’on parle de M. J. ne s’offusquent point qu’on oublie à moitié de parler de la première séance du nouveau parlement européen, par exemple, et ça me fait sourire.

NB : en ce moment je lis une autobiographie de Gandhi, un Folio 2€ avec plein d’extraits de Tous les hommes sont frères, paru également chez Folio. Ce best-of de Gandhi s’appelle : La voie de la non-violence. Je trouvais ça approprié. Du coup, je suis beaucoup plus zen qu’avant.

Par exemple, je tente de traverser une rue et deux voitures et une moto tentent de m’écraser (pour s’arrêter au feu plus loin) ? Pas de problème, que de l’amour, même envers les gens  désoeuvrés.

De toute façon, je m’en fous, j’ai eu quasiment 12 à ma première année, j’ai quasiment trouvé mon sujet ET ma problématique pour mon mémoire, des pistes pour l’un des deux stages de l’année prochaine, et mon copain arrive ce soir.

Ouais, tout de suite, vu comme ça, ça paraît un peu nombriliste, MAIS niveau associatif aussi je m’engage… D’ailleurs je vais vous parler de quelque chose que je n’aurais jamais cru dire un jour : ils sont pas très gentils, les gens qui recrutent dans la rue.

Je m’explique : en tant que jeune fille très engagée, je cotise pour Amnesty International et les Jeunes Européens. De plus, ma mère travaillant dans la prévention SIDA (d’ailleurs, ma mère est trop cool : vous en connaissez beaucoup qui débarquent à minuit avec 150 préservatifs et en proposent à tout le monde ? J’adore ma mère !), j’estime que familialement on donne assez pour la recherche. Sans compter que je suis étudiante, prochainement boursière, ce qui signifie potentiellement que je ne roule pas sur l’or (ce que je confirme).

Tout ça pour dire que quand on m’aborde dans la rue, et ayant déjà fait du travail de terrain, je réponds toujours très gentiment que j’aimerais bien, mais non. En général, ça passe plutôt moyennement, surtout que je suis très curieuse, donc je m’arrête pour parler avec eux pour ne rien donner au final. Ceci dit j’estime qu’on peut être un minimum humain dans certains métiers, et ceux-là en première ligne. Je veux dire, tenter de recruter quelqu’un pour de l’humanitaire uniquement en cherchant le fric, c’est contradictoire. Bien sûr qu’il faut des financements, mais il faut aussi de l’investissement humain.

Ce qui m’amène à un événement produit il y a deux semaines et engendré par une action de ma part : constatant que je n’avais AUCUNE paire de chaussures pour l’été, je me suis dit “Cocotte, va t’en acheter et vite !” Chance, c’étaient les soldes, et chance j’ai vite trouvé mon bonheur. OK, c’était chez Minelli mais c’était surtout 40% sur du cuir donc en gros c’était pas bien cher et c’est censé durer longtemps.

Donc, avec ma poche Minelli, je marchais gaiemment boulevard Saint-Michel quand un jeune homme m’aborde pour me proposer de parainner un enfant, pour 20 euros par mois il peut aller à l’école, manger, boire, se loger, bref la joie totale. Sauf que 20 euros par mois, je les ai pas vraiment. Je veux dire, je veux bien manger, boire, me loger et aller à l’école, moi aussi. Pas que je dise “moi d’abord” mais d’autres ont plus les moyens que moi. Donc je tente de lui dire que je suis étudiante, et pauvre, et il a regardé mon sac avec un sourire un peu amer. Tentant de me justifier, j’ai quand même dit que j’allais être boursière, que j’aviserai ensuite du budget que j’avais, mais qu’il était fort improbable que je puisse m’engager sur une telle somme avec une telle régularité.

Je ne pensais pas insulter qui que ce soit, mais le type m’a dit “Bonne soirée” sans que je finisse mes phrases. Je me suis sentie un peu flouée, et ça m’a réellement crispée. En plus, une ONG sans tract, certes c’est écolo mais pas très pratique !

Deuxième aventure, je croise rue Mouffetard la sorcière du placard aux balais. Mais ceci est une autre histoire… :-)

8 juin 2009

En tirer les conséquences

Classé dans : Juste à côté de nous — Stephanie @ 21:18

Hier, le vote a donné ce qu’on sait.

Parfois, on a vraiment envie d’y croire, peu importe ce que disent les sondages ou les gens qu’onr encontre dans la rue. Et bam ! Le résultat. 60% d’abstention.

Six personnes sur dix !

Qu’y avait-il de tellement important à faire que passer dix minutes dans un bureau de vote, temps de trajet compris, était impossible à faire ?

Tu vas acheter le pain, au passage tu votes. Ou bien avant de prendre les fleurs pour la fête des mères. Ou bien en promenant le chien.

C’est si dur que ça d’aller voter ?!

Outre ceux qui s’abstiennent mais par conviction, ce que je respecte parce que ce geste a été le fruit d’une réflexion, que penser des autres qui n’ont pas bougé de chez eux ?

Que penser de tous ces gens qui étaient dans la rue pour dire que Sarkozy et son gouvernement on en avait assez ? Où étaient-ils ?

Parce que, je suis désolée, mais à un moment il faut être cohérent, et cela est clair : si on en a assez du gouvernement, on fait en sorte que sa voix ne soit pas majoritaire à l’échelle européenne. Enfin, ça me semble naturel.

Et puis que penser de la montée des extrêmes, notamment aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne ?

Et puis, deux membres des Le Pen au PE : belle image !

Belle image.

Alors, depuis hier soir, je suis en colère et frustrée. Parce que les gens savent rouspéter sur l’Europe, ses taxes et ses directives, mais ne se bougent pas le cul pour s’exprimer.

Et puis quoi, faut-il TOUT comprendre pour voter ?

Ma grand-mère, qui dit encore “la” Soleil est allée voter. Bon, elle aurait mieux compris les enjeux des élections libanaises, c’est sûr, et l’Europe c’est un peu lointain pour elle, mais elle a voté.

Je ne vais pas ressortir le couplet du “elle a connu la guerre, elle comprend l’importance du vote”, je le trouve un peu surfait. J’oserais simplement dire qu’elle a une conscience humaine, tout simplement.

Qu’elle a compris que la crise du lait, c’était pas la France qui allait la résoudre. Ni le rosé, ou l’agriculture. Elle a compris que c’était important.

Bon, aussi, il faut dire que j’étais là, j’ai joué le rôle de lobby européen. J’ai fait voter environ une dizaine de personnes (contre une trentaine d’idiots que je n’ai pu convaincre de l’intérêt de foutre un bulletin dans une urne, trop dur apparemment pour certains) (là encore je ne parle pas de ceux qui le font par conviction).

Je deviens méchante, comme après chaque élection, mais j’ai dans la bouche le goût amer de la défaite de la démocratie.

Putain, 60% d’abstention…

Que ceux qui n’ont pas voté ne partent pas en Erasmus et paient une taxe à chacun de leurs voyages même intra-communautaire, ça leur fera les pieds.

3 juin 2009

Les élections européennes

Classé dans : Juste à côté de nous — Stephanie @ 21:55

J’ai récupéré une santé, et donc je me permets de vous rappeler que dimanche il faut voter.

Pourquoi voter ? Parce que le scrutin européen est quasiment plus crucial que le national : en effet, environ 70% des lois étudiées au Parlement français sont des traductions de lois votées au Parlement européen. Et puis, voter pour savourer ce droit, comme on savoure de s’asseoir à côté de personnes de couleur dans la rue, ou bien de manger du chocolat à toute heure, ou encore les droits humains.

Pourquoi voter pour les européennes ? Parce que le Parlement européen a de plus en plus de pouvoirs, qu’avec la ratification imminente du traité de Lisbonne il en aura encore plus, et surtout parce que c’est la seule institution européenne soumise au suffrage universel direct. Le PE, c’est un peu la voix des peuples européens.

Pour qui voter ? Je n’en sais rien, ça dépend de vos critères et de vos convictions politiques. Si, comme moi, vous n’avez toujours pas reçu les professions de foi des candidats, n’hésitez pas à consulter les sites de chaque parti. Pour un résumé que je trouve assez bien fait, vous pouvez aussi aller sur LeMonde.fr et lire les programmes des partis européens, parti par parti.

Est-il trop tard pour faire une procuration ? Non : en principe, vous pouvez la faire jusqu’à la veille du scrutin mais il faut compter avec le temps d’acheminement de la procuration vers la mairie.

Que faire si vous avez perdu votre carte d’électeur ? Eh bien vous n’aurez pas le petit tampon mais vous pouvez quand même voter, en présentant une pièce d’identité.

Les votes ont lieu du 4 au 7 juin dans les 27 pays de l’Union européenne, et le dimanche 7 en France. Bon vote, bonne conscience !

4 mai 2009

Joke inside

Classé dans : Centré sur moi, Juste à côté de nous — Stephanie @ 23:32

Aujourd’hui, dans le bus, j’ai compris ce qui m’avait mise en rage à propos de ces mobilisations universitaires : l’égoïsme latent des mobilisés. La cause en elle-même, je la comprends très bien, mais non seulement “on” est mobilisés pour se sauver soi-même mais “on” mobilise les autres en les motivant pour se sauver, ou en les culpabilisant de ne pas agir pour sauver les autres. Et moi, ça ne peut pas me parler.

Pourtant, je suis réceptive à tout cela : j’aime le caritatif, je sais m’engager sur le long terme. Mais pas parce que sinon je culpabilise : parce que je sens que c’est la bonne chose à faire. Quand on me demande pourquoi je me suis engagée dans une association européenne, je ne sais que répondre, excepté que ce combat est partie intégrante de ma personne et de mon futur, et je veux le construire.

Je fonctionne très facilement à la culpabilisation, sur n’importe quel sujet. Et, depuis que je suis en thérapie, je réalise que je me mets bien trop souvent en situation de culpabilisation. Pas que je sois foncièrement méchante, mais je m’en veux pour d’infimes détails que personne ne remarque. Du coup, j’ai tendance à éviter ce sentiment, dans toutes ses déclinaisons.

J’ai toujours refusé, dans toutes les campagnes que j’ai pu faire, notamment quand j’étais miliante dans une ONG reconnue d’utilité publique, de faire culpabiliser l’auditoire. Non, on ne montre pas d’enfant qui meurt de faim : on explique concrètement ce qu’il se passe. Ce qui ne veut pas dire cacher la vérité, mais pas l’utiliser. Le but est de faire passer un message, pas de donner une sensation fugace et désagréable.

La politique du sentiment, culpabilisation ou autre, est une mauvaise politique parce qu’elle n’est pas basée sur la raison. Or, qu’est-il de plus subjectif qu’un sentiment ? J’aime mon copain, mais je ne m’attends pas à ce que tout le monde en fasse de même. Oui, je prends un exemple particulièrement subjectif.

Mais dans le fait de culpabiliser ceux qui votent contre le blocage, on diffuse l’idée qu’il y a un combat entre le bien et le mal derrière tout ça. Qui est coupable ? Qui est victime ?

[On pourrait, à dessein, dire qu'il s'agit de savoir qui a raison. Malheureusment, il faut savoir raison garder et nous nous réserverons le droit de ne pas faire de ce trait d'humour quelque chose de vraiment drôle.]

Celui qui est victime est celui qui a le bien de son côté. Ici, il n’est pas question de victime de manière explicite : il n’y a que les coupables, qui, par conséquent, n’ont pas le bien de leur côté.

Ainsi, les assemblées générales, souveraines dans leurs décisions et dans leurs paroles, me donnent une étrange sensation de malaise : je me sens culpabiliser de ne pas vouloir de “grève générale comme en Guadeloupe” (voire, même, de trouver ça absurde et idiot), de souhaiter reprendre les cours, et de penser que tout ceci n’est qu’une vague farce.

Et puis, le côté “Je vous informe parce que vous êtes trop bêtes pour comprendre”… j’ai juste envie de répondre : lol. Accuser l’Union Européenne, via le processus de Bologne, de mal jouer son rôle, c’est tout simplement méconnaître la réalité et l’essence dudit processus.

Bref, je crois que j’ai été tout sauf claire, mais je suis très contrariée car, après avoir subi plus d’un mois d’interruption de cours, j’ai appris que j’avais deux semaines de partiels à compter de demain.

Ha ha ha.

Moi aussi, je ris.

28 avril 2009

“Je sais trouver un film porno mais pas l’info politique”

Classé dans : Juste à côté de nous — Stephanie @ 14:08

Ceci est un message un peu nerveux. Je préviens, je suis un peu chatouilleuse devant la mauvaise foi évidente de certaines personnes face à certains sujets. Notament quand il s’agit de politique. Toute sorte de politique. La question se pose à l’heure de la campagne des élections européennes (depuis hier, et on vote en France le dimanche 7 juin). Hier, j’en parlais avec des filles de ma classe après l’AG (IUT toujours bloqué, d’ailleurs), et il en est sorti que l’une d’elles ne savait pas vraiment de quoi il s’agissait et m’a déclaré : “Si on m’expliquait qui fait quoi, moi je veux bien, mais là je sais rien”.

Bon. Plusieurs points sont agaçants dans cette phrase. Commençons par le plus évident : le manque d’information. Il est vrai que sur les questions européennes, les médias relaient peu, et souvent mal, l’information. Le problème est global, et bien connu. A cela s’ajoutent les politiciens nationaux qui reportent sur “Bruxelles” tous les torts de leurs propres administrations. Ou quand on affirme que l’Europe prend des sous et ne fait rien. Pour info, chaque Etat donne environ 1% de son PIB pour le budget de l’UE. Et l’UE fait des choses dans tous les domaines : nourriture, éducation, routes, culture, économie, etc. Je n’évoque pas l’argument de la paix, apparemment ça n’est pas assez.

Le deuxième point qui m’a énormément dérangée c’est ce côté “Donnez-moi les choses, je suis trop empotée pour chercher toute seule”. Or, je veux bien être face à des personnes idiotes, mais en l’occurrence ce n’était pas le cas. De plus, quand on a une salle avec ordinateurs reliés à Internet à deux pas, on ne peut décemment pas dire que l’information est loin. Tentez : tapez donc “élections européennes” sur Google, il n’y aura pas rien.

Dans un monde où on arrive à dénicher toutes choses interdites ou cachées comme du porno, de la drogue, des cigarettes à cinq heures du matin, un kebab en sortant de boîte, une édition rare des Mille et une nuits, … comment peut-on se contenter de ne pas chercher ce qui concerne notre vie citoyenne ? Et, pire, ne pas le reconnaître comme un tort ?

Parce que, en gros, et c’est là le dernier détail qui m’a heurtée, elle ne sait pas, sait qu’elle ne sait pas, mais sait aussi qu’elle ne se renseignera pas si personne ne le lui apporte sur un plateau.

Donc, comme ça cadeaux : plusieurs sites d’information sur l’UE. OK, ça ne fait pas la Une des journaux, mais ce n’est pas une raison pour ne pas s’y intéresser.

Le portail de l’Union européenne ; le portail français sur les questions européennes ; et Euronews.

9 février 2009

Les oreilles d’âne

Classé dans : Juste à côté de nous — Stephanie @ 20:44

François Bayrou a donné les noms de ses têtes de listes pour les élections européennes de juin (oui, cette année). De même, Nicolas Sarkozy, en tant que grand chef manitou de l’UMP (ou autre titre, préciser svp), commence à nommer certaines personnes pour se faire élire au Parlement européen. Quelque chose dans ces débats me chiffonne particulièrement.

Que ça apparaisse comme une punition.

Qu’on use les élections européennes comme d’une punition envers une ministre pas assez rentable, ou bien pas assez à la pointe (de ses talons ?) …

C’est un peu la pire méthode qui soit pour que les Français comprennent l’importance du Parlement européen, de la citoyenneté européenne, l’importance du vote pour l’expression de la démocratie européenne. Oui, il y a trois fois le mois “européen” dans ma phrase, mais l’Europe, merde, l’Europe c’est essentiel, non ?

Donc, voilà, outre les cours auxquels je n’ai pas accès, sujet sur lequel je ne veux piper mot, je suis vraiment contrariée par cette ambiance “Tu es mauvais, va donc voir à Strasbourg si j’y suis”.

Ceci montre bien, encore une fois, à quel point Nicolas Sarkzoy est faussement attaché à l’Union Européenne. Il s’y prend stratégiquement bien, je suppose, niveau gestion de ses sbires. Mais pour ce qui est de faire comprendre l’UE et ses institutions vraiment trop complexes aux citoyens français, je n’ai qu’une chose à dire : il s’y prend comme un manche.

Entre le traité de Lisbonne traité à huis clos entre chefs d’Etat, adopté en Congrès en France sans réel débat ou dialogue avec les citoyens, sans même parler du texte lui même, la présidence où il a totalement fait le Français en méprisant les avis des autres puissances européennes, notamment à propos de la présence à l’ouverture des Jeux Olympiques à Pékin, …

Non, Nicolas Sarkozy n’est pas un bon Européen. En tout cas, pas à mon sens – et pourtant, j’ai une vision assez large de la question.

Sur les débats autour de la présence d’une troupe militaire allemande dans une bourgade alsacienne, des riverains ont été interviewés dans une boulangerie. Un homme d’âge moyen a notamment dit cette phrase, qui me semble splendide : “Non, ça ne me dérange pas. De toute façon, aujourd’hui on n’est plus Français on est Européens.” (JT de 13h du 08/02/09, France 2).

Et l’Europe, non, ce n’est pas une punition, c’est une chance immense. Ce serait sympa qu’on s’en rappelle parfois.

NB : à propos du traité de Lisbonne, je tiens de suite à préciser que certes des détails du texte me déplaisent fortement, mais je reconnais d’un autre côté à quel point il est primordial qu’il soit ratifié afin que les institutions puissent, enfin, être débloquées, que l’on avance à nouveau, tous ensemble.

19 janvier 2009

Question d’identité

Classé dans : Centré sur moi, Juste à côté de nous — Stephanie @ 19:55

Il y a quelques mois, avec mon assoc’ européenne, on avait fait passer un questionnaire pour mesurer “l’européanité” de nos amis étudiants. L’une des questions était “Tu te sens plutôt d’identité européenne, nationale, régionale (classer)”. J’ai souvent médité sur cette question, et, ces jours-ci, j’ai l’impression qu’une sorte de réponse se dessine.

Pendant très longtemps, je me sentais essentiellement Française. J’ai refusé d’apprendre à parler libanais, je me suis lancée dans une quête effrénée de la culture française. J’écoutais en cours, j’étais passionnée par l’histoire de France, je la trouvais belle et poétique puisque Victor Hugo a appartenu à son joli cours. J’aimais Henri IV et sa poule au pot tous les dimanches, son “Paris vaut bien une messe” , la connerie de Saint-Barthélémy, et l’imbécile Ravaillac. J’adorais Albert le cinquième mousquetaire, Milady et le petit Louis XIII. J’aimais le subversif Robespierre, et j’étais clairement amoureuse de Camille Desmoulins (l’acteur qui l’interprète est absolument magnifique). J’écoutais les leçons que les professeurs déblatéraient à nos esprits innocents, sans me questionner. Pour moi, la France, c’était quelque chose. J’étais plus patriotique que le comte d’Anjou, triste de m’apercevoir que les intellectuels français contemporains brillaient moins que leurs voisins, j’abhorrais l’American way of life. J’étais Burger King et non MacDo, et, alors que j’ai eu la chance d’avoir des cours d’anglais dès le primaire, j’ai toujours refusé de prêter l’oreille à cette langue barbare. On peut dire que, alors que mes parents sont arrivés en France dans les années 1980, mon intégration en tant que fille de migrante était réussie. Pourtant, ma personnalité en construction sentait que je n’étais pas complète.

Que me manquait-il ? Je me suis tournée vers l’Europe et l’Union Européenne. J’ai élargi mon sentiment patriotique à l’Europe : je ne me sentais heureuse qu’en pensant à cette communauté qui grandit peu à peu. J’ai commencé à m’intéresser plus profondément aux cultures des pays européens, et la langue anglaise a repris l’importance clé qu’elle a dans tous les esprits. J’ai compris qu’en maîtrisant au moins les bases je pourrais voyager, que mon pays c’était l’Europe et le voyage venait avec l’identité européenne. La sortie du film L’auberge espagnole m’a confortée dans cette idée que l’Europe était un grand territoire ouvert à tous. De là, j’ai commencé à avoir une conscience européenne ultra développée : je n’aimais pas trop la Suisse, ce gros trou dans la carte, et je lorgnais un peu vers la Russie, voisine proche et dangereuse. J’ai milité pour le “Oui” à la Constitution 2005 avec des amis, j’ai eu des débats animés, des prises de conscience incroyables, j’étais Européenne et tellement fière de l’être. Petit à petit, je me sentais de moins en moins Française. Mais, ça, je ne l’ai compris que plus tard.

Malgré tout, je ne me sentais pas complète, une pièce manquait clairement au puzzle de mon identité. La mort de mon grand-père aurait pu me donner une piste, à savoir le Liban, terre de mes origines, mais que nenni. Il m’a bien fallu un an ou deux avant de réaliser que ne pas parler libanais me peinait, que ne rien connaître des conflits qui agitaient le pays me choquait. J’étais toujours considérée comme la mieux à même de parler des guerres, un peu trop nombreuses là-bas, et pourtant je n’y connaissais quasiment rien. J’ai voulu “wikipédier” mais l’article “Liban” est un peu trop pro-syrien pour moi. Comprenons-nous, je n’ai rien contre les Syriens, mais j’aime trop l’objectivité. Je n’avais pas assez de temps pour me pencher sur le Liban, mais je l’ai gardé à l’esprit, j’ai commencé à écouter attentivement les conversations familiales en libanais, à comprendre quelques notions, à m’intéresser davantage à la nourriture, à la culture, à tout ce qui avait trait au Liban, en somme. J’ai totalement franchi le pas en septembre dernier (je suis longue à arriver à maturation), en achetant un magnifique roman d’Elias Khoury, Le petit homme et la guerre. Que je n’ai toujours pas fini de lire. Je ne comprends pas encore tout, alors je fais des recherches en parallèle. Et puis j’ai rencontré Mahmoud Darwich, et je suis quand même à 12,5% Palestinienne, alors ça me touche, ces rencontres de peuple et ces bonheurs croisés.

Alors, me sentirais-je Libanaise, Française, Européenne ou autre chose (préciser svp) ? Je sais simplement que je ne me sens pas très Française, je n’ai pas de fierté nationale particulière, alors que je suis trop orgueilleuse sur mes ancêtres les Phéniciens (qui, contrairement aux ancêtres les Gaulois, étaient quand même fort développés et ont inventé notamment l’alphabet, non mais). Je me sens Libanaise et Européenne, mais il y a aussi un autre petit quelque chose qui s’ajoute à cette équation, et que j’ai découvert ce week-end, à Paris. En fouillant dans les rayons de la librairie, j’ai rencontré deux maisons d’édition aquitaines. Et je vous raconte pas cette pu*ain de fierté régionale. Non, j’ai pas honte. Mais du coup, à cause d’Aliénor et de sa Trompette, je n’aime toujours pas les Anglais. On ne peut pas être parfait (certains ne me contrediront pas!).

:-)

14 décembre 2008

Solidarité bloquée

Classé dans : Centré sur moi, Juste à côté de nous — Stephanie @ 16:13

J’écoute Yann Tiersen et de la musique Country pour me donner du courage. Il faut réviser, à partir de demain 9h jusqu’à vendredi 18h j’ai la chance d’avoir 8 partiels apparemment intercalés de jours de grève. Quand ? On l’ignore. Les partiels seront-ils reportés ? Si oui, à quand ? On l’ignore aussi. L’incertitude dont je parlais précédemment m’agace profondément ces temps-ci. Les IUT se mobilisent et c’est très bien, j’ai très peur pour mon avenir et tout ça n’est vraiment pas pour m’arranger. J’avoue, j’ai une vision égoïste de la chose. Mais les Assemblées Générales (AG) me rendent aigrie.

Sur les tracts, il est dit que ce sont des lieux de débat et d’expression, où tout le monde peut prendre la parole et défendre un point de vue. Il n’est pas mentionné que seront hués ceux qui osent dire qu’ils ont envie d’aller en cours ; il n’est pas écrit que seront moqués ceux qui après un Master n’ont toujours pas de travail et se réorientent en DUT. Nulle part, il n’est précisé que ceux qui lèveront la main contre le blocage seront considérés avec haine par les 150 autres qui, eux, veulent défendre la démocratie. Qui, eux, ont voté blocage pour se rendre aux manifestations. Qui, elles, ne regroupent que 30 personnes.

Les tracts sont bien menteurs . Il faut être synthétique et clair, je le sais. J’en ai rédigé suffisamment pour le savoir. Mais je n’ai jamais menti. J’ai bien une trop haute idée de ce que l’être humain a comme capacité de réflexion. C’est aussi pour ça que je suis souvent déçue.

Sur les tracts, on vante les mérites de la Solidarité, oubliant ce slogan qui a libéré la Pologne dans les années 80. On dit qu’il faut qu’on soit tous solidaires, et, face à l’IUT, combien passent tous les jours devant les Restos du Coeur sans jamais s’arrêter ? Combien passent devant le clochard du Restaurant Universitaire (RU) sans jamais lui sourire, ni lui offrir un café (60 centimes) ? Combien hurlent à la solidarité, la sainte solidarité, en ne faisant que ça. Hurler. Sans jamais aller au bout.

La vraie solidarité se manifeste dans la rue, oui, mais ne se défile pas devant le travail pénible d’aide à l’autre. Tant que ces chers syndicats étudiants et que ces chers comités de mobilisation ne le réaliseront pas, il est hors de question que je me joigne à cette mascarade.

Oui, il ne faut pas dire “il y a pire ailleurs”, oui on se bat pour ne pas finir à la rue. Mais ceux qui y sont déjà, à la rue, qui se bat pour eux ?

A Bordeaux, une fois par mois, est organisé un cercle de silence sur la place de la Mairie. Principe simple : des gens se mettent en cercle et en silence pour manifester pacifiquement contre les centres de rétention de sûreté. Maximum 40 personnes chaque fois.

Il y a des associations d’aide à l’accompagnement des personnes demandant un visa ou la nationalité française. Combien de gentils Français solidaires seulement les connaissent ?

Le premier décembre, journée mondiale de lutte contre le SIDA, les stands d’AIDES n’étaient pas pleins de monde. Bien sûr, on a faim, et bien sûr, on étudie. Ca nous permet d’être solidaire au chaud et le ventre plein, et d’oublier la misère du monde.

Oh, je sais bien que je fais des généralités. Je suis simplement en colère, parce que dans ces AG on parle simplement de soi : soucis d’avenir dans un débat franco-français au possible. On ne se dit jamais qu’on a la chance de pouvoir faire nos études. On ne se dit jamais qu’on a la chance d’avoir un toit et de pouvoir manger. On ne fait jamais d’AG pour aider les autres. On ne fait jamais de blocus pour un étranger rappatrié légalement et en urgence dans son pays, jamais d’AG pour des descentes de flic dans une maternelle pour y chercher un gamin qui sera le soir même dans un avion direction “pays d’origine” avec ses parents, jamais d’AG pour le Darfour, la Tchétchénie, le Liban, la Palestine ou l’Irak.

Non, on fait uniquement des AG sur notre propre nombril. Il est tellement beau.

PS : je sais bien que ce genre de messages peut véhiculer de la colère. Je cherche surtout à comprendre ce qui se passe, je ne demande rien d’autre que de pouvoir avoir un regard plus doux sur ces situations. Mais je n’y arrive pas …

26 novembre 2008

Ca me rassure vachement

Classé dans : Juste à côté de nous — Stephanie @ 19:09

Ces temps-ci, je ne vous cache rien, on est en crise. Pire que le jeudi noir d’avril 29, nous avons connu une dizaine de lundis noirs que très vite les journalistes ont cessé d’appeler ainsi. Le monde économique s’effondre, le méchant modèle capitaliste a montré ses faiblesses et chute, librement. Les 20 Grands se sont réunis, cherchant le point G menant à la jouissante solution miracle de résolution de la crise. Tout le monde a sorti ses “plans”, ses idées, ses concepts pour sauver la planète. Les ondes débordent de chroniqueurs débattant sur l’avenir du monde : va-t-on tous finir à la rue ? y aura-t-il du chômage ? si oui, beaucoup ? L’énorme interrogation présente à tous les esprits peut ainsi se résumer : Comment s’en sortir sans trop de dégâts ?

Car il est déjà admis que des dégâts, on en aura, et pas qu’un peu. Le goût de ces dégâts est amer dans les bourses privées des salariés de Ford Blanquefort, en pause jusqu’à janvier, invités à profiter de la vie avec des deniers qu’ils n’ont pas. Ce matin encore, dans des journaux non payants, le témoignage d’un couple, dont les deux parties sont salariées à Fort, constatant avec un brin de cynisme que, certes, ils avaient beaucoup de temps libre, mais comment l’occuper quand on est fauché ?

Fauché, c’est le risque qu’encourt l’audiovisuel public d’après les gens pas de droite. Au passage, un nombre : 900. C’est le montant des emplois qui ne seront pas renouvelés. Précision de taille : on ne met personne au chômage, mais 900 personnes iront prendre une retraite bien méritée et n’auront pas de successeur. Qu’on se rassure, d’après le porte-parole de l’UMP, noble parti couleur bleu roi, grâce à cette mesure, l’entreprise ira “bien”. Elle aura ainsi le financement pour améliorer les services d’informations. Je n’interprète pas, seulement je ne peux faire de citation, ma mémoire me faisant défaut : c’était l’interview de 8h15 sur France Info d’hier.

Sans compter que la LRU n’a pas encore fini de faire parler d’elle. Les IUT entrent dans la valse du grabuge, danse en trois temps comme tout le monde sauf Brel le sait : 1/ la pétition, 2/ l’assemblée générale, et 3/ le blocage. Je crois que je suis tellement remontée qu’un blocage ne m’irriterait pas, s’il est bien discuté. Cependant, je n’ai pas trop d’illusions : mon IUT dépend bel et bien de Bordeaux 3, qui n’est pas réputée pour ses débats à deux parties si la seconde partie n’est pas identique à la première.

Tout ça pour dire que la situation actuelle me rassure énormément. Je sens les efforts élyséens pour nous réconforter : nos chers ministres, ô deuil ô désespérance, n’ont plus le droit d’être habillés hauts en coutures. Il ne faut pas narguer les Français. La Star Academy se poursuit, dans un affligeant assortiment d’artistes sans voix, sans talent et sans art. Maman cherche l’amour, parce que Papa le trouve toujours très facilement : ces émissions totalement dans l’optique féministe et humaniste font chaud au coeur en cet hiver caverneux.

A présent, je n’ai plus peur de mon avenir. Merci à nos dirigeants, et vive la France.

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