Seconde vitesse

10 mai 2009

Un film que je n’irai pas voir

Classé dans : Centré sur moi — Stephanie @ 19:07

J’ai découvert Anna Gavalda il y a quelques années déjà, en apprenant qu’on pouvait souhaiter très fort que quelqu’un nous attende quelque part et en rester déçus, voire qu’on pouvait à jamais conjuguer une histoire d’amour au passé. J’ai aimé Je l’aimais, comme une révélation. Je me souviens encore de cette nuit folle à tourner les pages, avec ma tablette de Milka à côté, ces moments précieux, qui semblaient tellement vrais, que les pages m’offraient, ces listes incessantes de ce qu’un couple aurait pu faire ensemble, mais non. Mon âge innocent a pensé que ce livre contenait la plus belle des histoires d’amour.

J’avais prêté ce livre à mon père et à une cousine de la famille ; j’aime partager mes lectures aimées. On avait ensuite discuté du style d’écriture si particulier d’Anna Gavalda. Je l’ai rencontrée à Mollat lors d’un passage pour la promotion de Ensemble, c’est tout, j’ai été aussi séduite par la personne que par l’auteure. J’ai offert Je voudrais que quelqu’un m’attende à quelque part à A. et à G., je l’ai prêté à J. qui l’a prêté à L. qui l’a prêté à E. qui ne me l’a jamais rendu. J’ai fait une chaîne d’Anna Gavalda, j’avais tellement envie de la faire découvrir.

Pourtant, je n’ai pas le coeur en liesse avec la sortie en salle de l’adaptation du roman Je l’aimais. Entendre que “Parfois, il vaut mieux partir que rester”, que l’amour, le vrai, n’arrive qu’une fois et qu’il faut savoir monter à bord, quelque soit son âge et sa famille, et que tout cela n’est que beauté et non tristesse, entendre tout cela me fatigue. Les échos sont trop familiers.

Tout le monde essaie de me faire entendre raison, et tout le monde a raison : ce n’est pas tragique, que mon père soit parti pour quelqu’un d’autre. Ce qui m’attriste, c’est qu’il soit toujours à penser à elle, ou à être avec elle, aux moments qui sont importants dans la vie de ses enfants, comme Noël, leurs anniversaires, leurs examens et leurs vacances. Ce qui m’attriste, c’est que je ne sais plus comment m’adresser à lui, qu’une partie de moi culpabilise de lui en vouloir encore quand l’autre partie a envie de le prendre dans ses bras pour lui dire que je l’aime.

Je ne sais même plus quoi penser, quoi dire. Résumer “Mes parents ont divorcé, cette année”, c’est plus simple mais ça ne traduit pas mon désarroi. Tous les souvenirs fondés sur une illusion, toutes ces plaies qui n’ont pas le temps de se cicatriser qu’il les rouvre à nouveau. Tout ce temps perdu à se tourner autour, à évoquer des théories du complot, à ne plus se faire confiance.

Depuis un jour très précis, je déteste me séparer de quelqu’un en mauvais termes. J’aime clarifier les choses, puis dire au revoir. On peut mourir avec un clin d’oeil, et je ne voudrais pas que mes derniers échanges avec certains de mes aimés soient des larmes ou de la rancoeur. Alors, en attendant qu’il revienne avec elle, l’autre, j’espère juste que tout ira bien. Qu’on pourra effectivement disposer de ce temps qui nous permettra peut-être de retrouver une complicité. Surtout, en attendant ce moment de retrouvailles, je me sens perdue à réclamer de l’attention auprès de personnes qui ne sont pas lui, parce que lui ne me voit pas.

Tout ça pour dire que pour Je l’aimais, je passe mon tour. De toute façon, j’avais trouvé l’adaptation de Ensemble, c’est tout assez surfaite. A mes yeux, le petit truc en plus de Gavalda, c’est son écriture. Donnée que l’on ne retrouve pas à l’écran.

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