Ces temps-ci, j’ai le sentiment très vif que je pourrais toujours essayer aussi fort que je le peux, je n’y arriverai pas. Avec toute la bonne volonté du monde, que j’ai, ça ne le fera pas, c’est mort.
J’ai envoyé une vingtaine de demandes de stage, trois ne daignent pas répondre malgré mes messages sur répondeur et aux secrétaires – qui finissent par me connaître, du coup. J’ai eu un entretien : un échec. J’en ai un deuxième en avril que j’aime bien appeler ma dernière chance : en effet, les autres ont tous répondu par la négative, et puis j’en ai marre des lettres de motivation. Je continue à postuler aux offres qui m’intéresse sur le site national de l’édition, j’ai même trouvé une offre qui correspond exactement à mon profil, dans une maison qui m’a refusée. Faut pas chercher à comprendre, je suppose.
Je suppose aussi que la trentaine de lettres envoyées en réponse à des offres de job étudiants, demeurées lettres mortes plusieurs semaines après, faut pas chercher à comprendre. La facture qui m’a coûté cinq fois trop cher et qui n’a toujours pas été remboursée par l’opérateur téléphonique, pas de problème non plus, de même que la facture en principe consultable sur Internet qui est inaccessible et donc hors forfait encore ce mois-ci, je ne sais vraiment pas me gérer. Pas chercher. Et puis ce chèque de la mission d’intérim que j’ai faite il y a deux mois qui vient à peine d’arriver à l’AGENCE et non dans ma boîte aux lettres, je suppose que je dois être contente qu’il soit arrivé tout court. Sans compter ce chèque de trois centaines d’euros qui n’arrive toujours pas.
J’y ai mis beaucoup de bonne humeur, de la motivation, j’y ai cru, et rien ne s’est produit selon mes attentes. Bonne manière d’apprendre la vie, de toute façon je le sais bien : quoique j’entreprenne, il faut que j’apprenne à gérer la déception, la frustration, et à relativiser. A laisser entrer le soleil.
Heureusement que ma vie personnelle se passe mieux que ma vie professionnelle et matérielle. D’un certain côté, c’est le plus important. Je ne suis pas très carriériste, mais j’aimerais parfois que ce que j’entreprends seule se déroule mieux. Ma vie personnelle est le fruit d’échanges et de petites étoiles avec des personnes de qualité, mon seul mérite est d’avoir été au bon endroit au bon moment. Tout ce que je calcule, tout ce que j’espère, je le foire.
Alors, parfois, je me demande si ça sert à quelque chose que je continue. Que j’ose même penser à accepter un stage de trois mois, c’est dingue, j’ai envie de reculer avant même de savoir si c’est vraiment possible : je suis tellement convaincue de ne pas être à la hauteur. Pourtant, en principe, je ne crois pas au destin, je ne suis pas censée croire que tout ça n’est que signes m’indiquant de changer de route. Mais je ne sais pas pourquoi, je n’arrive plus à voir autre chose. Je suis obsédée par ces échecs insignifiants au demeurant – on est tous logés à la même enseigne – mais qui sont autant d’obstacles sur la route qui m’épuisent.
Il y a juste une petite voix, en moi, qui me dit que peut-être, j’en suis capable. Et je ne sais pas si j’avance pour lui prouver qu’elle a tort ou pour me prouver qu’elle a raison. L’important, c’est peut-être que j’avance, non ? Peut-être. Et que j’évite de réfléchir, aussi.
Sinon, vous me retrouvez à pleurer sur un parking, pestant contre ma nullité innée dans les bras d’un pauvre amoureux qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Et moi non plus, je ne comprends pas vraiment, parce que je réfléchis sans y penser, et qu’au final la tristesse comme le bonheur débarquent sans s’annoncer. Et il faut faire avec, faut pas chercher.
