Il y a quelques mois, avec mon assoc’ européenne, on avait fait passer un questionnaire pour mesurer “l’européanité” de nos amis étudiants. L’une des questions était “Tu te sens plutôt d’identité européenne, nationale, régionale (classer)”. J’ai souvent médité sur cette question, et, ces jours-ci, j’ai l’impression qu’une sorte de réponse se dessine.
Pendant très longtemps, je me sentais essentiellement Française. J’ai refusé d’apprendre à parler libanais, je me suis lancée dans une quête effrénée de la culture française. J’écoutais en cours, j’étais passionnée par l’histoire de France, je la trouvais belle et poétique puisque Victor Hugo a appartenu à son joli cours. J’aimais Henri IV et sa poule au pot tous les dimanches, son “Paris vaut bien une messe” , la connerie de Saint-Barthélémy, et l’imbécile Ravaillac. J’adorais Albert le cinquième mousquetaire, Milady et le petit Louis XIII. J’aimais le subversif Robespierre, et j’étais clairement amoureuse de Camille Desmoulins (l’acteur qui l’interprète est absolument magnifique). J’écoutais les leçons que les professeurs déblatéraient à nos esprits innocents, sans me questionner. Pour moi, la France, c’était quelque chose. J’étais plus patriotique que le comte d’Anjou, triste de m’apercevoir que les intellectuels français contemporains brillaient moins que leurs voisins, j’abhorrais l’American way of life. J’étais Burger King et non MacDo, et, alors que j’ai eu la chance d’avoir des cours d’anglais dès le primaire, j’ai toujours refusé de prêter l’oreille à cette langue barbare. On peut dire que, alors que mes parents sont arrivés en France dans les années 1980, mon intégration en tant que fille de migrante était réussie. Pourtant, ma personnalité en construction sentait que je n’étais pas complète.
Que me manquait-il ? Je me suis tournée vers l’Europe et l’Union Européenne. J’ai élargi mon sentiment patriotique à l’Europe : je ne me sentais heureuse qu’en pensant à cette communauté qui grandit peu à peu. J’ai commencé à m’intéresser plus profondément aux cultures des pays européens, et la langue anglaise a repris l’importance clé qu’elle a dans tous les esprits. J’ai compris qu’en maîtrisant au moins les bases je pourrais voyager, que mon pays c’était l’Europe et le voyage venait avec l’identité européenne. La sortie du film L’auberge espagnole m’a confortée dans cette idée que l’Europe était un grand territoire ouvert à tous. De là, j’ai commencé à avoir une conscience européenne ultra développée : je n’aimais pas trop la Suisse, ce gros trou dans la carte, et je lorgnais un peu vers la Russie, voisine proche et dangereuse. J’ai milité pour le “Oui” à la Constitution 2005 avec des amis, j’ai eu des débats animés, des prises de conscience incroyables, j’étais Européenne et tellement fière de l’être. Petit à petit, je me sentais de moins en moins Française. Mais, ça, je ne l’ai compris que plus tard.
Malgré tout, je ne me sentais pas complète, une pièce manquait clairement au puzzle de mon identité. La mort de mon grand-père aurait pu me donner une piste, à savoir le Liban, terre de mes origines, mais que nenni. Il m’a bien fallu un an ou deux avant de réaliser que ne pas parler libanais me peinait, que ne rien connaître des conflits qui agitaient le pays me choquait. J’étais toujours considérée comme la mieux à même de parler des guerres, un peu trop nombreuses là-bas, et pourtant je n’y connaissais quasiment rien. J’ai voulu “wikipédier” mais l’article “Liban” est un peu trop pro-syrien pour moi. Comprenons-nous, je n’ai rien contre les Syriens, mais j’aime trop l’objectivité. Je n’avais pas assez de temps pour me pencher sur le Liban, mais je l’ai gardé à l’esprit, j’ai commencé à écouter attentivement les conversations familiales en libanais, à comprendre quelques notions, à m’intéresser davantage à la nourriture, à la culture, à tout ce qui avait trait au Liban, en somme. J’ai totalement franchi le pas en septembre dernier (je suis longue à arriver à maturation), en achetant un magnifique roman d’Elias Khoury, Le petit homme et la guerre. Que je n’ai toujours pas fini de lire. Je ne comprends pas encore tout, alors je fais des recherches en parallèle. Et puis j’ai rencontré Mahmoud Darwich, et je suis quand même à 12,5% Palestinienne, alors ça me touche, ces rencontres de peuple et ces bonheurs croisés.
Alors, me sentirais-je Libanaise, Française, Européenne ou autre chose (préciser svp) ? Je sais simplement que je ne me sens pas très Française, je n’ai pas de fierté nationale particulière, alors que je suis trop orgueilleuse sur mes ancêtres les Phéniciens (qui, contrairement aux ancêtres les Gaulois, étaient quand même fort développés et ont inventé notamment l’alphabet, non mais). Je me sens Libanaise et Européenne, mais il y a aussi un autre petit quelque chose qui s’ajoute à cette équation, et que j’ai découvert ce week-end, à Paris. En fouillant dans les rayons de la librairie, j’ai rencontré deux maisons d’édition aquitaines. Et je vous raconte pas cette pu*ain de fierté régionale. Non, j’ai pas honte. Mais du coup, à cause d’Aliénor et de sa Trompette, je n’aime toujours pas les Anglais. On ne peut pas être parfait (certains ne me contrediront pas!).
Tu avais déjà parlé de ce sentiment “d’identité territorial” il me semble.
Il manque néanmoins une proposition au questionnaire que tu as distribué. Un sentiment d’identité international. Il y a d’abord eu le sentiment régional, puis plus tard, avec la construction des nations est apparut le sentiment national. Ensuite, avec la création de l’UE, est apparue un sentiment supranational. La suite veut donc que dans l’avenir, le sentiment d’identité devienne international, voir même “anational” ou “aterritorial”.
On se rattache aux choses que l’on connait le mieux généralement. En s’ouvrant l’esprit aux autres civilisations. En apprenant à les connaitre, à les aimer, on dépasse ces identités territoriale.
Si je devais me définir, je dirais que oui, je me sens français, mais je n’aime pas spécifiquement la France. Je me vois comme citoyen du monde. Je ne me sens pas Européen. Je ne parle pas de l’Europe économique ou politique, qui est totalement abstraite et qui ne peut permettre aucun attachement sentimental (à moins d’être un activiste, mais en temps qu’”anarchiste” cela ne me regarde pas), je parle de l’Europe territorial, culturel. Et de se fait, si je vise une identité territorial supérieur aux territoire de mon pays, je ne peux m’arrêter aux frontières de l’Europe et j’englobe ainsi le monde entier.
Pour les sentiments régionaux (comme tu semble développé) Je ne sais pas, je n’ai jamais été proche de la “culture” de ma région, je ne la connais pas. J’ai donc du mal à connaitre ces sentiments régionaux (même si je peux les comprendre) Comme je l’ai déjà dis, on se sens proche de se que l’on connait et on connait d’autant plus sa région que l’on y vit.
Je penses que tu as la “chance” d’avoir l’accès à plusieurs culture. Sa te permet de te construite une personnalité large et ouverte. Je ne connais pas le Liban mais il est vrai que son origine Phénicienne doit être très intéressante à découvrir.
Pour savoir qui on est, de qui on se sens le plus proche, je penses qu’il faut d’abord se voir comme un Homme du monde, que sa culture est un metlting pot, dû aux diverse invasion. Que les gaulois, on été envahi par les romains, les phénicien par Alexandre le grand… Chaque culture est, quelque part, bâti sur les bases d’une autre culture. Alors se sentir régional, national ou supranational ne fait que peu de différence, car au final, nous sommes tous mondial.
Je remarque que la plupart du temps tes article m’inspire
PS: c’est quoi la musique que tu nous as mis? ça ma donné le “smile” en tout cas. La chanson porte bien son nom ^^
Comment par daweed — 20 janvier 2009 @ 00:51
Je ne sais pas comment on peut décider qu’on se sent plutôt d’identité européenne, française ou régionale…
Pour ma part je me sens Parisienne, Française, Européenne ; je le sens à chaque fois que je voyage, que ce soit en banlieue, en province ou à l’étranger !
Mais je me demande surtout pourquoi tu attaches autant d’importance à cette question… Je sais que l’Europe te tient à cœur ; mais pourquoi ne pas tout simplement demander : Vous sentez-vous européen ?
Trop difficile de quantifier ou de situer par rapport à l’amour qu’on porte à sa région !
La chanson est dans Les Poupées Russes non ?
Comment par Laure — 20 janvier 2009 @ 20:06
C’est une excellente question, cette histoire d’identité. Je t’avouerai que je suis heureuse de vivre dans ce pays, même si (et comme tous les autres), il a ses qualités et défauts. Je suis essentiellement heureuse d’y vivre pour sa façon de voir et de gérer la culture, qui est unique (toujours avec ses qualités et défauts). Etant donné que je travaille dans ce milieu, j’y attache une particulière importance.
Après la région, en sachant que j’ai déménagé trois fois depuis que je suis née (et c’est pas fini), je n’ai pas réellement d’attaches. C’est sûr que je suis contente d’habiter à un endroit où Jean Cocteau a son importance, mais je suis comme Daweed, je connais mal l’histoire de ma région.
Quant à l’Europe, et le monde… c’est flou pour moi. Disons qu’un certain Obama m’a donné envie de croire en un monde plus responsable, avant lui j’étais plus ignorante (volontairement) de ce qui allait et de ce qui n’allait pas sur notre planète.
En tout cas sache que je t’admire pour toutes tes démarches et ta curiosité
Comment par Panthère — 21 janvier 2009 @ 12:03
daweed : c’est plutôt cool que mes articles t’inspirent, ça veut dire qu’ils sont intéressants
Je comprends bien ce que tu dis. Je me sentirais “citoyenne du monde” dès lors que je me sentirais solidaire envers tous les peuples… hélas, je ne suis pas pleine de paix à ce point, j’ai de la colère envers certaines populations, et je suis bien heureuse de ne pas en faire partie (non, je ne citerai pas de nom ^^).
Ceci dit, oui, toutes les cultures s’influencent et ce depuis toujours, et je trouve ça juste magnifique.
Laure : L’objectif du questionnaire, qui comportait une quinzaine de questions, était de cerner le sentiment d’appartenance à l’UE. C’était un peu une sorte de “question piège”, et on a pu remarquer que ce sentiment arrive souvent en dernier voire n’arrive pas du tout (certains ont répondu “je ne me sens pas Européen”).
Oui c’est dans les Poupées Russes !
Panthère : aucune admiration à avoir… ce sont vraiment, sans exagération, des préoccupations qui m’empêchent de dormir. J’ai besoin de savoir (ou de connaître) pour me sentir mieux, comme si je pouvais avoir un certain contrôle.
Comment par Stephanie — 24 janvier 2009 @ 14:43