Seconde vitesse

29 janvier 2009

Je de miroir

Classé dans : Centré sur moi — Stephanie @ 01:13

Ces jours-ci, je me sens moche. Enfin, je crois. A vrai dire, je ne sais même pas la tête que j’ai parce que je ne me contemple jamais devant un miroir, même pas le matin pour vérifier que je ne ressemble pas à un raton laveur perdu dans la forêt, même pas le soir pour m’assurer que je suis encore entière, non, jamais. Le miroir et moi, ça fait plusieurs entités que rien ne saurait recoller. Donc, ces jours-ci, je me sens moche.

Et c’est pas comme si le corps physique que je peux voir sans miroir m’aidait à me sentir mieux : mes cheveux s’amusent à s’assécher malgré les masques et les produits que je leur applique consciencieusement, mes mains ressemblent à des schtroumpfs, et mes pieds à des palmes de requin. Bref, ça ne va pas du tout, mon corps débloque totalement en ce moment comme pour me renvoyer le message suivant : “Tu es moche”, ce qui fait que je me sens moche.

Je n’ai jamais le temps de me maquiller – de toute façon, je suis moche, pourquoi en plus m’empoudrer ?

Je me dis que, franchement, je pourrais faire des efforts, au moins pour mon copain. Me coiffer un peu mieux, m’habiller plus jolie, me maquiller. Oui, mais si après toutes ces tentatives je suis quand même moche, je fais quoi, moi, avec ma jupe, mon mascara et ma barrette ? Bah, je n’aurais plus qu’à plier bagage, me ranger derrière mon miroir, et pleurer sans crainte de faire couler qui que ce soit (à moins qu’il ne salue).

Je me suis souvent sentie moche, mais, en ce moment, je me sens aussi transparente. Genre je parle, et puis non en fait, c’est comme si aucun son n’était sorti. Rien. Nada. Moche dans mes mots, aussi.

Bref, en ce moment je me sens moche, j’ai mal partout, mon corps est débile, ma tête est stupide, en ce moment, là, de suite, j’ai pas envie.

19 janvier 2009

Question d’identité

Classé dans : Centré sur moi, Juste à côté de nous — Stephanie @ 19:55

Il y a quelques mois, avec mon assoc’ européenne, on avait fait passer un questionnaire pour mesurer “l’européanité” de nos amis étudiants. L’une des questions était “Tu te sens plutôt d’identité européenne, nationale, régionale (classer)”. J’ai souvent médité sur cette question, et, ces jours-ci, j’ai l’impression qu’une sorte de réponse se dessine.

Pendant très longtemps, je me sentais essentiellement Française. J’ai refusé d’apprendre à parler libanais, je me suis lancée dans une quête effrénée de la culture française. J’écoutais en cours, j’étais passionnée par l’histoire de France, je la trouvais belle et poétique puisque Victor Hugo a appartenu à son joli cours. J’aimais Henri IV et sa poule au pot tous les dimanches, son “Paris vaut bien une messe” , la connerie de Saint-Barthélémy, et l’imbécile Ravaillac. J’adorais Albert le cinquième mousquetaire, Milady et le petit Louis XIII. J’aimais le subversif Robespierre, et j’étais clairement amoureuse de Camille Desmoulins (l’acteur qui l’interprète est absolument magnifique). J’écoutais les leçons que les professeurs déblatéraient à nos esprits innocents, sans me questionner. Pour moi, la France, c’était quelque chose. J’étais plus patriotique que le comte d’Anjou, triste de m’apercevoir que les intellectuels français contemporains brillaient moins que leurs voisins, j’abhorrais l’American way of life. J’étais Burger King et non MacDo, et, alors que j’ai eu la chance d’avoir des cours d’anglais dès le primaire, j’ai toujours refusé de prêter l’oreille à cette langue barbare. On peut dire que, alors que mes parents sont arrivés en France dans les années 1980, mon intégration en tant que fille de migrante était réussie. Pourtant, ma personnalité en construction sentait que je n’étais pas complète.

Que me manquait-il ? Je me suis tournée vers l’Europe et l’Union Européenne. J’ai élargi mon sentiment patriotique à l’Europe : je ne me sentais heureuse qu’en pensant à cette communauté qui grandit peu à peu. J’ai commencé à m’intéresser plus profondément aux cultures des pays européens, et la langue anglaise a repris l’importance clé qu’elle a dans tous les esprits. J’ai compris qu’en maîtrisant au moins les bases je pourrais voyager, que mon pays c’était l’Europe et le voyage venait avec l’identité européenne. La sortie du film L’auberge espagnole m’a confortée dans cette idée que l’Europe était un grand territoire ouvert à tous. De là, j’ai commencé à avoir une conscience européenne ultra développée : je n’aimais pas trop la Suisse, ce gros trou dans la carte, et je lorgnais un peu vers la Russie, voisine proche et dangereuse. J’ai milité pour le “Oui” à la Constitution 2005 avec des amis, j’ai eu des débats animés, des prises de conscience incroyables, j’étais Européenne et tellement fière de l’être. Petit à petit, je me sentais de moins en moins Française. Mais, ça, je ne l’ai compris que plus tard.

Malgré tout, je ne me sentais pas complète, une pièce manquait clairement au puzzle de mon identité. La mort de mon grand-père aurait pu me donner une piste, à savoir le Liban, terre de mes origines, mais que nenni. Il m’a bien fallu un an ou deux avant de réaliser que ne pas parler libanais me peinait, que ne rien connaître des conflits qui agitaient le pays me choquait. J’étais toujours considérée comme la mieux à même de parler des guerres, un peu trop nombreuses là-bas, et pourtant je n’y connaissais quasiment rien. J’ai voulu “wikipédier” mais l’article “Liban” est un peu trop pro-syrien pour moi. Comprenons-nous, je n’ai rien contre les Syriens, mais j’aime trop l’objectivité. Je n’avais pas assez de temps pour me pencher sur le Liban, mais je l’ai gardé à l’esprit, j’ai commencé à écouter attentivement les conversations familiales en libanais, à comprendre quelques notions, à m’intéresser davantage à la nourriture, à la culture, à tout ce qui avait trait au Liban, en somme. J’ai totalement franchi le pas en septembre dernier (je suis longue à arriver à maturation), en achetant un magnifique roman d’Elias Khoury, Le petit homme et la guerre. Que je n’ai toujours pas fini de lire. Je ne comprends pas encore tout, alors je fais des recherches en parallèle. Et puis j’ai rencontré Mahmoud Darwich, et je suis quand même à 12,5% Palestinienne, alors ça me touche, ces rencontres de peuple et ces bonheurs croisés.

Alors, me sentirais-je Libanaise, Française, Européenne ou autre chose (préciser svp) ? Je sais simplement que je ne me sens pas très Française, je n’ai pas de fierté nationale particulière, alors que je suis trop orgueilleuse sur mes ancêtres les Phéniciens (qui, contrairement aux ancêtres les Gaulois, étaient quand même fort développés et ont inventé notamment l’alphabet, non mais). Je me sens Libanaise et Européenne, mais il y a aussi un autre petit quelque chose qui s’ajoute à cette équation, et que j’ai découvert ce week-end, à Paris. En fouillant dans les rayons de la librairie, j’ai rencontré deux maisons d’édition aquitaines. Et je vous raconte pas cette pu*ain de fierté régionale. Non, j’ai pas honte. Mais du coup, à cause d’Aliénor et de sa Trompette, je n’aime toujours pas les Anglais. On ne peut pas être parfait (certains ne me contrediront pas!).

:-)

15 janvier 2009

Sweet life

Classé dans : Centré sur moi — Stephanie @ 23:28

Je pars à Paris ce week-end, faire signer ma convention de stage à mes futurs maîtres de stage. Je trouve ça excitant d’aller à Paris, d’être parisienne quelques jours, de revoir mes amis, puis de revenir, d’être accueillie à la gare par quelqu’un que j’aime, et de reprendre une vie que je commence vraiment à apprécier.

Je pars à Paris, je suis excitée à l’idée de me dire qu’en février j’y passerai deux semaines complètes, à tester le métro-boulot-dodo, à travailler tard à proximité du Père-Lachaise, à dire bonjour à Dalida le soir en rentrant “chez moi”.

Je vais à Paris. Et j’ai mes Ferrero Rocher dans ma poche.

13 janvier 2009

“Harry Potter, les raisons d’un succès”

Classé dans : Du papier et une couverture — Stephanie @ 16:43

NB : j’écris cela dans un état de fatigue assez amusant, excusez par avance mes problèmes éventuels d’orthographe et de syntaxe.


Aujourd’hui, je vais vous parler d’un livre qui n’est pas un roman (même s’il inclut un roman dans son étude). La tentative de commentaire de l’oeuvre que je vous présente est bien évidemment pleine d’erreurs, car, dans mon ignorance du monde précis de la philosophie et de certaines données, je suis sans doute passée à côté de certains aspects de l’oeuvre. Le livre en question s’intitule Harry Potter, les raisons d’un succès, écrit par Isabelle Smadja, docteure en esthétique et agrégée de philosophie, publié aux éditions PUF pour la première édition en 2001, pour la présente en 2007. Harry Potter, les raisons d’un succès se veut l’analyse presque exhaustive des raisons qui ont rendu le petit sorcier universel. En effet, on observe souvent le marketing organisé autour des livres et des films, l’économie Harry Potter, mais peu se sont interrogés sur le fait que, traduit en plus de soixante langues (dont le latin !), Harry Potter a séduit petits et grands tout autour du monde. Qu’est-ce qui parle à tout le monde, dans ce roman traitant de sorciers anglais ? C’est un peu le fil conducteur de cette étude rédigée par Isabelle Smadja.

En quatre chapitres, l’auteure tente de décrypter les multiples raisons qui ont poussé les enfants et les adultes du monde entier à apprécier cet ouvrage. A noter, cependant, que l’auteure ne prend en considération que les quatre premiers tomes des aventures de Harry Potter. Le premier chapitre , “Conte de fées, mythes et légendes, la sorcellerie à l’enseigne de la modernité” m’a beaucoup plu. Sont soulignés les mythes, légendes, croyances que l’on retrouve dans les pages de Harry Potter. Par exemple, l’utilisation du serpent comme meilleur ami de Voldemort est une image du diable, souvent représenté par un serpent, ou bien les allusions évidentes au nazisme à travers les discours fanatiques autour du mage noir.

Le deuxième chapitre, “Fonction esthétique de la magie. De la saveur du palimpseste à une lecture palimpsestueuse”, m’a semblé également très intéressant : en quoi la magie sert-elle la rhétorique de Rowling ? La magie, nous apprend Smadja, présente un monde écologique, un peu comme une sorte de retour aux sources, qui tourne en dérision les avancées technologiques “moldues”, comme la voiture, qui ne devient agréable qu’après être devenue sauvage. On y trouve aussi une sorte d’analogie entre l’enfance et la magie, celle-ci représentant un monde où tout est possible et où le rêve ne s’arrête pas. L’illustration la plus pertinente, à mon avis, est le remède contre les Détraqueurs : le chocolat. Ce chapitre montre bien à quel point la magie permet à Rowling de s’exprimer en “codes” (d’où le clin d’oeil aux palimpsestes, parchemins grattés sur lesquels on réécrivait un autre texte). Les messages qu’elle fait passer à travers les livres sont pourtant clairs et rentrent facilement dans notre entendement, notamment celui de l’éducation. En effet, ce n’est pas un hasard si les aventures se déroulent dans une école : le rôle accordé à l’éducation, à la formation des enfants est très important aux yeux de Rowling, qui, loin de considérer que seule une élite a droit d’accès à cette chance, elle démocratise totalement l’utilisation de la magie à tous les enfants montrant des prédispositions particulières.

Le troisième chapitre m’a déplu. Le titre, “Une lecture psychanalytique : le complexe d’OEdipe et sa résolution”, peut à lui seul résumer mon manque d’enthousiasme pour cette partie. En effet, j’accorde peu de crédit au fait que Harry ait une préférence pour sa mère, pure et si gentille, que personne ne peut égaler, alors qu’il représente en plusieurs personnes un père imaginaire (Dumbledore, Black, Lupin). Pour aller plus loin, je pense précisément que cette partie va trop loin dans l’analyse psychanalytique de Harry Potter. Je ne nie pas l’intelligence et l’érudition de Rowling, mais je doute qu’elle ait pris la peine d’accorder une place primordiale à Freud dans la rédaction de Harry Potter. Il serait aussi question de déculpabilisation de chaque enfant du désir inconscient de voir sa mère se sacrifier pour nous. Je suis un peu sceptique quant à ces théories, mais, n’étant pas une grande tête en philosophie, je passe peut-être à côté de l’essentiel.

Le dernier chapitre, intitulé “Valeurs du bien, valeurs du mal, la fonction pédagogique”, est plus du Harry Potter que le chapitre précédent. On remarque notamment l’importance de la désobéissance civile quand les règlements sont injustes, et sur ce point on peut anticiper en remarquant que le tome 5 ne détrompe pas Smadja. De plus, des prises de position de Rowling se dessinent clairement dans ses ouvrages : on peut clairement comprendre qu’elle est pour une éducation où on ne montre pas que le côté positif des hommes aux enfants. On les prend pour des êtres capables de comprendre qu’il y a des choses bien, des choses moins bien, et on le responsabilise en lui confiant ces données. Il peut ainsi, de manière autonome et réfléchie, trouver un juste milieu et approfondir ses qualités propre. On peut aussi voir qu’elle est contre la peine de mort et n’hésite pas à revenir en arrière pour libérer Buck et Black, dans le tome 3. Je ne vous en dis pas davantage, mais ce chapitre m’a vraiment semblé très réaliste sur les enjeux contenus dans Harry Potter.

Je n’ai pas trouvé ce livre particulièrement bien écrit. Certains passages sont totalement obscurs et il est difficile de saisir l’idée de l’auteure. Cependant, en tant que lectrice assidue des aventures de Harry Potter, j’ai apprécié d’y voir quelques zones d’ombre décryptées. Le chapitre d’ouverture et celui de fermeture m’ont beaucoup plus parlé. Cependant, les références nombreuses et pertinentes (Bettelheim, Mauss, Bachelard, Hugo, Kant, Hegel ou bien encore Freud) qui émaillent cette étude permettent de voir sous un jour nouveau des romans jeunesse de sorcellerie, qui pourraient paraître si simplistes à première vue. J’ai apprécié le contenu, mais j’ai quelques réticences sur la forme employée, parfois trop lourde et incompréhensible. Malgré tout, pour un essai, il se lit facilement… l’ensorcellement potterien tiendrait-il aussi les ouvrages qui le nomment ?

2 janvier 2009

Fin 2008

Classé dans : Uncategorized — Stephanie @ 13:23

L’année 2008 a été riche en émotions. Que faut-il en retenir ? Chronologiquement, dès le 1er janvier, ça n’allait plus entre mes parents, mon père avait déjà commencé à délirer. L’année 2008 en fait ça aura un peu été l’année de la fin de mes parents, et qui dit fin de mes parents dit fin de mes illusions.

J’ai toujours été une grande optimiste sur l’être humain. J’ai toujours eu cette tendance un peu rousseauiste à penser que l’homme est bon de nature et que la première forme de société le corrompt. Cette année, j’ai un peu remis en cause cette croyance. L’homme a une nature méchante, égoïste, que la société l’oblige à contenir. Quand on laisse les hommes libres, au lieu de se comporter “humainement”, ils brûlent des voitures, violent des paires, tuent des inconnus et mettent la musique à fond dans les transports en commun. L’incivisme est la première forme de méchanceté.

Cracher sur un banc n’est pas transmettre une idée positive de sa manière de voir les autres. Dire à toutes les filles qui passent “T’es charmante” puis “Oh connasse!” n’est pas une main charitable tendue vers le sexe opposé. Dépenser des centaines d’euros pour des fringues puis ne pas lâcher un sourire ou une misérable pièce au clochard à côté n’est pas être solidaire. Même si on va prier tous les vendredis/samedis/dimanches/autre (préciser).

J’ai le sentiment qu’on m’a arrachée un foulard qui me bandait les yeux et ce que je vois ne me plait pas. Ca ne correspond pas à ce que j’ai toujours cru, que je crois encore, idéaliste que je suis. Alors, j’essaie de voir le bon, voire de “faire” ce qui me semble juste. La tâche est un peu vaste (un peu seulement ?), mais j’ai beaucoup de mal à me dire que je critique mais n’agis pas. Alors, j’essaie d’agir, à mon échelle.

Je n’en reviens toujours pas de m’être fait engueuler plusieurs fois pour avoir donné une pièce à un SDF : non, il n’y a pas que les musiciens qui méritent notre compassion. Non, il ne va pas forcément aller boire avec ça, et quand bien même il le ferait, ça ne changerait rien au fait qu’il est seul, dort seul, et vit sous la pluie. En plus, mon fric, jusqu’à preuve du contraire, je le gère comme je veux.

Je n’en reviens toujours pas qu’on me réponde “je m’en fous” à des questions citoyennes essentielles, comme l’Union Européenne et ses avancées, ou bien la présence à une AG et le vote ou non d’un blocage de l’IUT. Je n’en reviens toujours pas qu’on dise que ce qui est loin ne nous concerne pas, qu’on soit contre l’homosexualité ou contre l’avortement. Je n’en reviens toujours pas qu’on change des arrêts de bus parce que les riverains s’amusaient à embêter les passagers (et en plus, ils ne sont même pas Français d’origine !). Je n’en reviens toujours pas qu’on place encore des actions en bourse.

Je n’en reviens toujours pas que les journalistes soient si silencieux.

Et pourtant, c’est bien le cas. Evidemment, il y a des choses bien qui sont faites. Mais leur voix est trop faible pour être clairement perçue, entendue.

D’un point de vue entièrement personnel, mon année 2009 commence tellement mieux que 2008 que j’aime bien m’imaginer que les 364 jours suivants seront pareils. Bonne année à tous :-)

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