J’aime écrire. J’ai toujours aimé créer des personnages, des situations, éventuellement des émotions, en tout cas créer et me sentir mère de quelque chose. Porter un projet, une histoire, jusqu’à un dénouement, m’amuser de vraisemblance et de vérité, m’apporter une compagnie agréable. J’ai toujours été une “graphomane”, une erreur de l’écriture en somme. Ce n’est pas par goût de la flagellation que j’emploie ces termes à la tonalité un peu dramatique, seulement j’ai toujours beaucoup écrit mais pas forcément de la qualité.
J’écrivais en cours, au collège, des poèmes que m’inspirait ma fascination de la mort. Des sonnets aux alexandrins trébuchants que mes copines trouvaient inqualifiables. Puis j’ai commencé à rédiger mon roman, mon fameux grand projet, 120 pages word en police 12, un miracle, et j’ai faibli. Un professeur de français m’a présenté Maupassant, j’ai appris ce qu’était la nouvelle, j’ai voulu m’y essayer. Au lycée, j’inventais des histoires pendant les heures de cours, je les faisais passer à mes amies qui anotaient mes pages raturées.
Et puis, j’ai arrêté. Non par manque d’inspiration, j’ai toujours des tas d’idées à revendre. J’ai arrêté parce que je me suis dit qu’il était temps de se concentrer sur les cours. C’est un drôle de hasard, quand même, que dès que je commence à ne plus écrire en cours, je me rate… Je n’écrivais plus au sens charmant du terme mais j’ai ouvert un blog. Un besoin constant d’écrire, d’une façon différente cette fois. Je ne créais plus rien, je me racontais, simplement. Parfois de manière un peu créative, le plus souvent au fil de la plume, sans aucun effort, sans relecture. C’était une expérience intéressante, je n’irai pas jusqu’à dire que mon blog était mon journal intime virtuel, mais je m’y confiais un peu, écrire sur un support où je savais que j’allais être lue me permettait de relativiser sur certains sentiments. Parfois, je n’expliquais pas d’où ça venait ; parfois, je ne pouvais même pas mettre de mots sur ce que je ressentais et j’offrais juste de la musique.
Il y a quelques mois, on m’a proposé de collaborer à un journal, donc à me consacrer à quelque chose que j’aime vraiment, à me projeter dans un milieu où je voudrais travailler plus tard. Pour cette raison, et aussi parce que le fait que des personnes qui étaient sorties de ma vie “réelle” le commentaient toujours, ou du moins le lisaient, m’insupportait littéralement, j’ai fermé le blog. L’écriture ne me manquait pas vraiment, puisque j’écrivais, mais ailleurs. L’exercice était très plaisant, mais mes copains de blog m’ont manqué. Je ne saurais dire pourquoi, mais j’ai ouvert un autre blog, dont je n’ai donné l’adresse à personne que je connais dans ma vie de tous les jours.
Je traverse en ce moment une “mauvaise passe” : mes parents divorcent, mon père est peut-être instable mentalement, nous avons de gros soucis financiers qui me paraissent hélas insolubles vu la conjoncture actuelle, mes amis sont tous à Paris ou en Erasmus, je fais des cauchemars toutes les nuits, j’ai pleuré le jour du réveillon de Noël, et les gens me regardent bizarrement quand je dis que je vais voir un psy toutes les semaines. Bien sûr, j’apprends aussi à voir la face positive de ma situation, qui peut se résumer en deux mots : mon copain. Tout va très bien avec lui, même si parfois je me dis que cette histoire-là aussi finira dans un égoût, suite à une tromperie, une trahison ou une erreur sur la marchandise. J’ai besoin d’écrire pour extérioriser ces étranges sentiments qui me traversent.
J’aime écrire, les mots me sont thérapeutiques. Ce blog n’est pas aussi amusant qu’il pourrait l’être – au naturel, je suis quelqu’un de très drôle, personne ne voit jamais que je me sens mal même quand je pleure. Il y a plein d’endroits amusants sur Internet, et écrire me fait du bien.
Depuis peu, j’ai un carnet sur moi. J’ai à disposition dans mon sac de quoi toujours écrire. Des histoires se bousculent partout sous mon stylo. Que personne de lit. Ca aussi, cette intimité retrouvée avec l’écriture, ça me fait du bien.