J’ai été élevée à l’arabe/africaine, de dignes Libanais exilés au Sénégal puis installés en France (et malgré tout j’aurais quand même un mot à dire sur l’identité nationale parce que je suis Française, si on me le demande). Chez moi, la famille ça a toujours été : tout le monde est ton oncle, ta tante et ton cousin. Tu tries en fonction de l’âge. On ne s’est jamais encombré des degrés de parenté, parfois même on est cousin sans sang en commun. On était 70 pour Noël, les communions, les baptêmes, 200 pour les mariages et les enterrements. Ça riait dans toutes les pièces, on jouait à la Barbie avec cousine Truque et Machine pendant la dinde aux marrons. Et puis dans le jardin avec les autres, on se courait après, on invitait les voisins qui devenaient un peu des cousins et on riait. Parfois, on se tapait violemment, et peu importait la mère qui nous surprenait la correction était la même. C’était la belle vie.
Et puis on a grandi. Il y a une frictions entre ceux qui faisaient des enfants et les gardaient chez leurs parents et ceux qui faisaient des études. Puis ceux qui faisaient des études à la maison et ceux qui partaient par monts et par vaux. Mais on se retrouvait toujours, on riait, on se battait, on s’aimait. On connaissait tout les uns des autres, les amours ratées, les possibilités, quelle personne pourrait nous convenir, comment on aimerait appeler nos enfants. Qui serait parrain/marraine de qui.
Et puis mes parents ont divorcé et il y a eu deux camps : les pro-maman et les pro-papa. Et par conséquent, il y a des gens qu’on ne reverra sans doute plus jamais volontairement. Cette année, on sera entre famille nucléaire pour Noël, à comprendre : cinq. Deux ans qu’on n’a pas fait de fête de famille, de grand rassemblement. Et je crois qu’en ce moment, une des choses les plus difficiles à digérer, outre le rejet de mon père à mon égard, c’est cette nouvelle configuration de famille, ni arabe ni africaine, aucun modèle qu’on a été habitués à côtoyer, une famille bâtarde, contemporaine, occidentale. J’étais mieux avec mes 5 grands-mères, mes 3 pères, et ma maman heureuse qui dansait.